Lettre #3
Idol
Love Yourself: Answer - BTS - 2018
01/07/2026
En 2013, deux jeunes rappeurs sont invités sur un plateau. Là-bas, on ne remet pas en question leur écriture, leur technique ou leur musique. On leur demande simplement comment ils peuvent encore se dire rappeurs alors qu'ils portent du maquillage et dansent dans un groupe d'idols.
La scène est inconfortable à regarder. Derrière les remarques sur leur apparence se cache une question plus profonde : qui décide de ce qui est légitime ? Qui a le pouvoir de dire ce que nous sommes ou non ? Et surtout, qui fixe ces règles ?
À l'époque, RM et SUGA incarnent déjà une contradiction pour une partie de la scène hip-hop coréenne. Ils écrivent leurs textes, composent, produisent, mais leur appartenance à un groupe d'idols semble suffire à remettre en question leur crédibilité. Comme si le maquillage, la chorégraphie ou le succès commercial effaçaient soudainement leur travail artistique.
Cinq ans plus tard, BTS dévoile IDOL.
À première écoute, le morceau ressemble à une célébration. Son énergie, ses sonorités inspirées de la musique traditionnelle coréenne et son clip aux couleurs éclatantes en font l'un des titres les plus marquants du groupe.
On présente souvent IDOL comme un hymne à la confiance en soi. Pourtant, cette lecture, bien qu'elle soit juste, ne raconte qu'une partie de l'histoire. Car IDOL interroge aussi notre rapport à la légitimité et à l'identité.
"You can call me artist."
"You can call me idol."
BTS ne cherche pas à convaincre ceux qui les critiquent. La chanson ne répond pas aux accusations, elle leur retire simplement le pouvoir de définir son identité.
Le mot que vous choisirez ne changera pas ce que je suis.
Quelques vers plus loin, RM poursuit :
"I know what I am."
"I know what I want."
Derrière ces mots se cache une idée simple : il est difficile de laisser les autres définir notre identité lorsque nous savons déjà ce qui nous anime. Les critiques peuvent continuer d'exister, les étiquettes aussi ; elles perdent simplement une partie de leur pouvoir lorsqu'elles ne deviennent plus notre seule vérité.
La chanson va encore plus loin :
"내 속안엔 (내 속안엔) 몇 십 몇 백명의 내가 있어" (Il y a des centaines de versions de moi-même en moi)
"오늘 또 다른 날 맞이해" (Aujourd'hui, j'accueille une autre version de moi-même)
"어차피 전부 다 나이기에" (Après tout, elles sont toutes moi)
Nous passons beaucoup de temps à chercher le mot qui nous définit le mieux. Pourtant, une identité n'est jamais une seule couleur, elle est faite de toutes celles qui la composent.
Artiste.
Idol.
Rappeur.
Producteur.
Auteur.
Notre identité n'est pas une étiquette. C'est une composition.
Le clip prolonge cette idée. Les références à la culture coréenne ne sont pas de simples éléments esthétiques. Elles affirment une identité que BTS revendique pleinement, sans chercher à la rendre plus acceptable ou plus universelle. Là où certains voyaient une contradiction entre être idol et être artiste, le groupe choisit de ne plus opposer ces deux réalités.
La chanson s'achève sur une forme d'apaisement.
"It's okay, I'm in love with my myself."
"It's okay, 난 이 순간 행복해" (je suis heureux en ce moment)
Les critiques existent toujours. Les jugements aussi. Ce qui change, c'est la place qu'on leur accorde. À partir du moment où ils ne définissent plus notre valeur, ils perdent une partie de leur pouvoir.
C'est peut-être cela que raconte réellement IDOL.
Non pas apprendre à s'aimer coûte que coûte, mais reprendre le droit de raconter sa propre histoire.
Les critiques passent. Les étiquettes aussi.
Ce qui reste, c'est la manière dont nous choisissons de nous raconter.
Peut-être est-ce cela que IDOL cherche à nous rappeler. La question n'est pas seulement de savoir qui nous sommes. Elle est de savoir qui écrit aujourd'hui notre histoire.
✍️ Dans ton carnet
Imagine que quelqu'un doive écrire quelques lignes pour te présenter.
Pas un CV. Pas une liste de qualités.
Quelques phrases qui racontent réellement qui tu es.
Quels mots aimerais-tu y lire ? Lesquels voudrais-tu voir disparaître ?
Et surtout…
Qui écrit aujourd'hui cette histoire ?
Est-ce toi ?
Ou portes-tu encore un récit qu'un autre a commencé à écrire à ta place ?